Saugues en Haute-Loire (Auvergne-Rhône-Alpes)

Visite de Saugues en Haute-Loire (Auvergne-Rhône-Alpes). Chemins de randonnée: GR65 Chemin de St Jacques de Compostelle, Tour du Gévaudan.

 

Saugues à l'époque

1 Saugues à l'époqueSaugues (960 m.; cars pour Le Puy, Langeac, Saint-Ghély; Hôtel de France, 30 chambres; Hôtel de la Terrasse), 2.909 hab., ancienne ville du Gévaudan, modeste station estivale, agréablement située sur un haut plateau découvert qui forme le versant oriental des montagnes de la Margeride, près de la Seuge (truites).
Eglise Saint-Médard, gothique, avec joli clocher octogonal roman remanié au XV° et formant porche: belle Vierge auvergnate du XII°; croix processionnelle du XV°. Enorme donjon du XII° ou XIII°, dit tour des Anglais. Au cimetière, tombeau gothique d'un chef anglais mort en 1380. Dans la chapelle des Pénitents Blancs, remarquable retable du XVIII°. La procession des Pénitents, qui remonte au XII°, a encore lieu chaque année, le soir du Jeudi saint, à la lueur des torches.
A 4 km Nord-Est de Saugues, belle cascade de Luchadou, haute de 56 m., sur la Seuge (usine électrique).

De Saugues à Aumont-Aubrac (46 km 5 Sud-Ouest par les routes N. 585 et N. 587; traversée de la Margeride ). On suit au Sud la route N. 585 jusqu'à (7 km) Esplantas, ci-après; à la sortie du village, on prend à droite la route N. 587 qui remonte la vallée de la Virlange. Le Vilteret. Chanaleilles (1.125 m.), d'où la route s'élève rapidement au-dessus de la vallée.
Chapelle Saint-Roch, sur le faîte des monts de la Margeride, dans une faible dépression, à 1.350 m. environ d'altitude. La route, offrant des vues étendues sur l'Aubrac, en avant, descend le vallon de la Limagnole. Saint-Alban-sur-Limagnole; château gothique. On descend les belles gorges de la Limagnole qui débouchent bientôt dans celles de la Truyère qu'on remonte sur 2 km; puis on remonte le vallon de la Rimeize. On débouche, à 917 m. d'altitude, sur la route N. 107 qu'on suit à gauche. Rimeize, où l'on reprend à droite la route N. 587, en continuant de côtoyer la Rimeize; puis on s'élève vers l'Aubrac et l'on rejoint (45 km 5) la route N. 9.

Au-delà de Saugues, la route N. 585 remonte un vallon et s'élève vers le Sud. Esplantas (château gothique), au sortir duquel on laisse à droite la route N. 587 (ci-dessus). La route N. 585 parcourt un haut plateau, tout en croisant les vallons de la Virlange, du Panis et de l'Ance. Après avoir atteint 1.183 m., elle descend brusquement dans la vallée encaissée du Grandrieu.

De Saugues, la route N. 589 remonte pour traverser, à 1.050 m. d'alt., le plateau entre Seuge et Allier. Magnifique descente en lacets dans le ravin de l'Ance, profondément entaillé dans des roches volcaniques d'une énorme épaisseur. Pont de Pouzas, sur le torrent, dont on descend la rive droite jusqu'à Monistrol d'Allier.

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2 Saugues à l'époqueLes dentellières de Saugues
Une femme qui veut tenir sérieusement sa maison, préparer les repas, faire la lessive, cultiver le jardin, etc., devient impropre à la plupart des travaux demandant de la dextérité et de la finesse. Comment expliquer alors que la dentelle soit pratiquée en Haute-Loire par des paysannes ?

Dans chaque région où une industrie quelconque s'est affirmée, souvent il y a eu une tradition séculaire et les tentatives pour introduire d'autres activités ont été vouées à l'échec. En Haute-Loire, la dentelle ne couvre pas la totalité du département. Le canton de Saugues en particulier, reste semble-t-il étranger à cette activité jusqu'en 1853 où le préfet de Chèvremont décide d'y établir un ouvroir pour l'apprentissage de la dentelle. En effet, le travail de la laine est celui qui occupe à Saugues le plus grand nombre des bras de la classe ouvrière et nécessiteuse ; encore ce travail se réduit-il au cardage, au filage et au tricotage des bas ; en moyenne la façon d'une paire de bas se paie 6 sous. Il faut deux jours à une bonne tricoteuse pour les gagner. En dépit d'un salaire aussi faible, celui des enfants qui s'adonnent à la dentelle au même moment est de 30 centimes par jour environ, l'implantation d'un ouvroir de dentelle est un échec.

<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>En décembre 1860, le commissaire de police écrit : "l'industrie de la dentelle, qui en hiver est la principale ressource de certaines localités de la Haute-Loire est à peine connue dans le canton de Saugues. Durant la mauvaise saison les femmes s'occupent à filer et tricoter la laine ; ce travail ne procure en moyenne qu'une somme de 15 à 20 centimes par jour à chaque ouvrière. Nous sommes convaincus que la fabrication de la dentelle leur rapporterait davantage". Les recensements viennent confirmer cette situation. On ne trouve aucune dentellière à Saugues en 1851, pas plus en 1876 et seulement 4 en 1911 (3 au chef-lieu et une au lieu-dit Bergougnoux qui se trouve à moins de deux kilomètres de Saugues).

Saugues est un centre isolé de tricotage des bas. Cette activité est sans doute dérivée de ce que V. E. Ardouin-Dumazet appelle le "lainage fantaisie au tricot ou au crochet" qui s'exerce dans un rayon de 30 kilomètres autour de Roanne. "Aucune autre industrie féminine ne répond mieux à l'idée de rurale". C'est "l'industrie rurale idéale, celle qui s'exerce facilement à côté du ménage, aux heures laissées libres par le labeur des champs, pendant le séjour des ouvrières au milieu des troupeaux". Or, cette industrie est pourtant peu répandue. La localisation des diverses activités dépend donc souvent d'une tradition, parfois aussi d'autres facteurs comme la présence sur place des matières premières...

En tout cas, ces industries féminines se caractérisent souvent par des salaires faibles ce qui n'entraîne pas, semble-t-il, une désaffection de la part des ouvrières. C'est que la plupart du temps, ces salaires ne sont qu'un appoint parfois indispensable, aux autres revenus du ménage. Quant aux industries masculines : coutellerie, vannerie... elles procurent en général des salaires supérieurs.
par Geneviève Trincal. "Les denteleuses": la dentelle et les dentellières en Haute-Loire de 1850 à 1914. Presses Univ Blaise Pascal, 1993. Acheter le livre
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4 Saugues à l'époqueProcessions à Saugues
Le dimanche 3 février 1765, il neige encore et sans arrêt depuis le premier du mois. Le mauvais temps va durer car « la veille de la Chandeleur, l'hiver s'arrête ou prend rigueur ». Le paysan se fait du mauvais sang à voir diminuer la réserve de foin, sa femme à se demander s'il y aura assez de grains d'orge pour la soupe, de seigle pour le pain et de pommes de terre pour nourrir ses petitous jusqu'à un printemps trop lointain. Mais, en ce temps, même ce tracas est effacé par la peur de la Bête. Aussi la rigueur de l'hiver n'empêche pas les paroissiens de La Besseyre de partir pour Saugues avant le lever du jour pour participer aux quarante heures de prière, à la procession et à l'exposition du saint sacrement. Ils avancent dans la neige, bien regroupés, encadrés par les hommes baïonnette à la main, long couteau à la ceinture. Au coeur de cette troupe de gens, au regard inquiet, marchent côte à côte Jeanne, son époux et son frère. Daniel, à la main, tient les rênes de Dragonne qui tire le traîneau où ont pris place Jean Lèbre, le curé Fournier et quelques enfants de l'école paroissiale, dont Estelle et Jean-Pierre 0llier.

Ce rassemblement de tous les fidèles du haut pays a été voulu par les curés des paroisses pour demander le secours et la miséricorde de Dieu et prier pour le repos de l'âme de la petite Margot puisqu'elle n'a pas eu de messe de funérailles à Venteuges. Daniel parle d'une voix discrète à son épouse : C'est- vraiment pour toi et ton frère que je vais à Saugues ce dimanche... L'important est de prier ensemble, chacun le fait suivant sa religion, répond Jeanne avec tendresse. C'est l'eucharistie, l'adoration du saint sacrement qui te gênent ? demande Grégoire. Non, répond Daniel, l'heure n'est pas au débat théologique. Ce qui me gêne c'est la présence de la confrérie des Pénitents. Notre salut, nous le devons à notre bonté, à notre charité et non à notre aptitude à faire pénitence, même si elle est ordonnée par Mgr l'évêque ! Je suis prêtre de ce diocèse et je suis de ton avis ! Mais on n'est plus au temps des « flagellants » de l'âge ancien qui ont fini dans l'hérésie, ont été pourchassés et certains envoyés au bûcher. Maintenant et dans notre pays, une confrérie de pénitents blancs est formée de braves et bons catholiques, issus du peuple pour la plupart. Ils prient aussi pour nous tous et portent la cagoule par humilité.

5 Saugues à l'époqueL'église Saint-Médard déborde du flot des fidèles qui emplit les places et les rues de Saugues. Malgré le froid, les gens sont venus de la Clauze, de Chanaleilles, de Nozeyrolles, de Grèzes, de La Besseyre, de Venteuges, de Thoras. Les cloches sonnent le glas. S'élève alors le chant du O Crux ave chanté par les pénitents qui sortent de leur chapelle un cierge allumé à la main. L'un d'entre eux, sans doute pour rappeler que le Christ a souffert dans sa chair comme les innocents de la Margeride, porte la grande croix de bois que l'on sort d'habitude seulement pour la procession du jeudi saint. Il est pieds nus dans la neige et fléchit le genou à chaque pas. Certains paysans chantent avec la foule et se regroupent pour suivre le cortège. D'autres ôtent leur chapeau et s'agenouillent au passage de la Sainte Croix, les femmes se signent. Personne ne peut rester indifférent en écoutant ce chant grégorien solennel dans sa simplicité, en voyant les flammes des cierges mêlées aux flocons, les silhouettes blanches des pénitents semblant nées du manteau de neige et cette croix qui s'élève et retombe à chaque pas, comme frappée par les coups répétés du destin. Estelle ne dit rien, elle est venue se blottir entre son père et sa mère, serrant très fort la main de l'un et de l'autre. L'abbé Fournier, dès l'arrivée à Saugues, avait quitté ses paroissiens pour rejoindre les autres curés avant la cérémonie.

Il revient vers la famille Aligier : Père Grégoire, suis-moi, les prêtres de nos paroisses te veulent parmi eux dans l'église. Ils insistent ! Tous deux se frayent un chemin dans la foule jusqu'aux membres du clergé assemblés dans le choeur. Daniel se penche vers Jeanne : Je suis heureux pour ton frère. Plusieurs fois, il s'était plaint des prêtres de la collégiale Saint-Médard, les trouvant trop proches de Mgr de Choiseul-Beaupré. Peut-être ont-ils changé ? Ou bien ce sont les petits curés des paroisses qui ont imposé la présence de Grégoire, le prêtre rebelle, parmi eux. Ça c'est bien ! Quand les pénitents sont entrés par le grand porche dans l'église Saint-Médard, après avoir processionné, la messe peut commencer. Bien des gens l'entendent sur le grand escalier et sur la place.

6 Saugues à l'époqueHabituellement, il y a toujours des paroissiens, des hommes jeunes et moins jeunes qui, par manque d'empressement, suivent l'office dehors, devant la porte. Il faut bien dire qu'alors c'est un peu la foire. Ça discute du temps, de la récolte, il se fait même des pachesl. Les drôles galèjent, s'amusent de tout et de rien. Mais la terreur qu'inspire la Bête est telle qu'en ce jour, pendant la messe, dans tout Saugues le silence est total, profond, religieux. Dans cette foule, Daniel, Jeanne, Estelle ne parlent pas bien sûr, mais les mains jointes de l'un à l'autre expriment bien plus que ce qui pourrait être dit. Après la messe une autre procession commence, celle du saint sacrement. Elle part du grand porche de l'église, serpente dans les rues gorgées de monde avant de revenir à la collégiale. En tête marche la confrérie des Pénitents sans la grande croix, puis tous les prêtres des paroisses dont l'abbé Grégoire et enfin sous le dais le doyen de Saugues porte bien haut l'ostensoir. Tous chantent le Tantum ergo sacramentum et non le Domine non secundum peccata nostra voulu par l'évêque de Mende, une façon pour le bas clergé de montrer sa réserve vis-à-vis du mandement et de son auteur. Avant de quitter Saugues pour regagner sa maison, chacun essaie de pénétrer dans l'église pour s'agenouiller et prier un instant devant le saint sacrement exposé.

Sur le chemin du retour, le groupe compact des paroissiens de La Besseyre s'est reformé. Daniel parle à Jeanne et à son frère : Il m'a été très pénible de partir pour Saugues ce matin, vous le comprenez aisément vu mes origines protestantes et surtout ma révolte contre les propos tenus et les dévotions demandées par Mgr de Choiseul-Beaupré. Ce soir, je ne le regrette pas. J'ai été touché par la piété de tous ces gens, la religion des peuples n'est pas celle des théologiens ! Grégoire, j'ai surtout vu le soutien que te manifestent les curés de nos campagnes, c'est bien. Tu as été courageux, tu es récompensé. Béni soit notre Dieu ! Tu vois, Jeanne, j'ai dit : « Notre Dieu » ! J'ai bien entendu, répond-elle en embrassant discrètement la main de son époux. Profitant d'une courte halte, l'abbé Fournier s'adresse à tous ses paroissiens : Le doyen de Saugues avait mission de nous donner deux informations importantes, mais c'était inutile car il y avait plus de chrétiens sur les places et dans la rue que dans son église. Il nous a chargés de vous les transmettre : demain sera affichée dans toutes les paroisses du Gévaudan une ordonnance du roi gratifiant de six mille livres quiconque tuera la Bête.

7 Saugues à l'époqueÀ cette prime, l'évêque de Mende ajoute mille livres qui, toutes deux, viendront en plus des récompenses déjà promises : deux mille livres des Etats du Languedoc, deux cents du syndic du Vivarais et deux cents du syndic du Gévaudan, soit, tenez-vous bien, au total la somme de neuf mille quatre cents livres ! Des commentaires fusent de toutes parts : Voilà de quoi faire construire une belle ferme en pierre avec un toit de lauzes ! Une ferme ! Tu veux dire un château ! De toute façon, la prime ne sera pas pour nous ! L'argent va toujours vers l'argent. Arrêtez, l'argent ne rendra pas à leurs malheureux parents la petite Margot de Venteuges, le jeune Limagne du Falzet, et tous les autres ! Un murmure d'approbation parcourt le groupe des paroissiens. L'abbé Fournier reprend : Par ailleurs, je dois vous informer que deux grandes battues seront organisées le jeudi 7 et le lundi 11 du mois sur les rives de la Truyère, rivière que la Bête traverse régulièrement. Pour mener à bien cette attaque, le capitaine aide-major Duhamel et le syndic Lafont ont besoin de vingt mille hommes, sur le territoire d'une centaine de paroisses, ils comptent sur notre présence... Mais chaque chose en son temps, nous en reparlerons dans les deux jours qui viennent, maintenant rentrons chez nous pour nous mettre à l'abri et nous reposer. Vous êtes venus nombreux, je vous en remercie, je suis fier d'être votre curé. Merci aussi au père Grégoire qui est resté près de moi tout ce jour durant !
par Gérard Roche. Gévaudan, le roman de la bête. Blason: Le soleil est l'oeuvre de Bruno Vallette et les rameaux sont basés sur une oeuvre de Flow2.
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8 Saugues à l'époque

 

 

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